Martin Hirsch, ex-président d’Emmaüs France, nommé haut commissaire aux Solidarités actives, persiste dans son opposition à la franchise sur les soins annoncée par Nicolas Sarkozy. Cette opposition, au sein même du gouvernement, serait une bonne nouvelle si les propositions avancées ne s’inscrivaient pas dans la même logique que celles de Sarkozy.
Martin Hirsch présente un « schéma alternatif » en trois mesures. La première est la création d’une « franchise » sur la première journée d’arrêt maladie. Actuellement, les trois premières journées d’arrêt de travail ne sont pas remboursées par l’assurance-maladie. Mais elles sont souvent prises en charge par l’employeur ou la mutuelle complémentaire.

Martin Hirsch propose de ramener cette « carence » à une journée, mais d’interdire aux entreprises ou aux assurances complémentaires de la couvrir. Les salariés devraient donc perdre une journée de salaire, ou, pour ceux qui en ont, abandonner une journée de RTT. En fait, cette proposition revient à remplacer la franchise de Sarkozy pesant sur tous les assurés sociaux (40 euros avant d’accéder au remboursement des soins) par une franchise pesant sur les salariés ayant un emploi.

Cette mesure s’inscrit dans la lignée du renforcement des contrôles sur les arrêts de travail, qui vise à culpabiliser les salariés contraints de s’arrêter pour maladie et à les sanctionner. Elle entre parfaitement en écho avec la politique populiste du président de la République, opposant la « France qui travaille » et qui ne s’arrête pas même quand elle est malade, aux « assistés » qui profitent des aides. Elle vise à faire travailler les salariés, même s’ils sont malades. Cette franchise aura les mêmes conséquences que celle de Sarkozy : dissuader de prendre des arrêts de travail et de se soigner. Les risques pour le malade sont les mêmes : entrée tardive dans les soins et aggravation de la maladie.

La seconde mesure est l’instauration d’une « taxe nutritionnelle » sur les produits alimentaires de mauvaise qualité nutritionnelle comme les sodas sucrés ou les chips, dont chacun sait qu’ils sont d’abord consommés par les ménages les moins aisés n’ayant pas les moyens financiers de consommer dix fruits et légumes par jour. Les plus pauvres, dont Martin Hirsch se veut le porte-parole, paieront  !

Enfin, la dernière mesure proposée est l’instauration d’un « bouclier sanitaire » qui vise à plafonner les dépenses de santé à la charge du patient de 3 à 5 % de son revenu fiscal. Cette proposition suppose une nouvelle répartition des remboursements entre assurance-maladie et mutuelles complémentaires.

En fait, le débat entre Martin Hirsch et le reste de son gouvernement porte sur la manière de répartir, entre les différentes catégories de salariés, la part des dépenses de santé restant à leur charge. À aucun moment l’ex-président d’Emmaüs ne remet en cause les exonérations de cotisations sociales accordées au patronat, qui sont la cause fondamentale du déficit de l’assurance-maladie Ses propositions s’inscrivent dans les choix fondamentaux de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement : transférer sur les salariés une partie croissante des dépenses de santé jusqu’à présent financées par les cotisations sociales versées par les employeurs.

Il s’agit donc, sur le fond, d’aggraver encore la répartition des richesses, entre salariés et patronat au profit de celui-ci. Nos propositions alternatives se situent à l’opposé, sur la base d’une autre répartition des richesses, en faveur des salariés, par un financement à 100 % de l’ensemble des soins, au moyen de cotisations versées par les employeurs. Les propositions de Martin Hirsch doivent être combattues d’autant plus vigoureusement qu’elles ont immédiatement trouvé un écho auprès de la direction du PS, par la bouche de François Hollande...

La mobilisation se met en place

Une première réunion unitaire a eu lieu le 27 juin pour engager la mobilisation contre la franchise sur les soins, avec la participation des organisations Attac, les initiateurs des deux appels contre la franchise, la Convergences des services publics, des mutualistes, les organisa¬tions syndicales UGICT-CGT, Solidaires et SUD santé sociaux, la FSU, le SNIS FSU, le Syndicat de la médecine générale, l’Union syndicale de la psychiatrie, l’UFAL, la LCR, le PCF et les Verts.

Un accord s’est dégagé sur les points suivants :

  • possibilité de faire reculer le gouvernement sur cette question
  • nécessité d’élargir, notamment aux autres organisations syndicales
  • nécessité d’impliquer les professionnels de santé
  • pour une manifestation avant le vote de la loi

Il a été décidé de rédiger un appel et d’organiser des initiatives décentralisées le 29 septembre, dont à Paris, « quatre heures contre les franchises et pour l’accès aux soins et à la santé pour tous ».

Sans plus attendre, il est nécessaire, en s’appuyant sur ce cadre unitaire national, d’engager la même démarche au niveau local, afin que la campagne puisse démarrer dès la rentrée.